Semainier de l'Avent : les "lignards"

Ils sont habillés de tenue orange fluo bordée de bandes luminescentes et roulent en camion nacelle (plateforme, téléscopique etc…) jaune moutarde, casques blancs surmontés de lampes frontales et pourtant…on ne le voit pas ! Ou tout du moins, on ne les connait pas… 

« Les enfants s’arrêtent pour voir nos camions, ils nous font souvent des signes de la main, surtout quand le triphare est allumé »

Mais qui sont-ils ?

Indice : ils sont indispensables au bon fonctionnement des tramways, trolleys, funiculaires et métro C.

Ce sont des techniciens de lignes aériennes de contact (communément appelée LAC).

Rencontre avec Julien et Laurent qui exercent tous les deux le métier de « lignards », à la Direction de la Maintenance et du Patrimoine chez Keolis Lyon.

Laurent, ancien mécanicien automobile avait déjà entendu parler du métier, en venant par hasard dépanner un véhicule de service. En retombant sur une annonce de recrutement, il saute le pas, et postule. Avec une certaine logique mécanique comme bagage, il suit une formation avant de mettre les mains dans les câbles !

Julien, 29 ans a déjà eu une vie bien remplie, passé par les méthodes avant d’être coloriste pour l’atelier Hermès de Pierre-Bénite, il fait une reconversion pour obtenir une certification de maintenance industrielle. Major de sa promotion (trop humble pour le dire lui-même, c’est Laurent qui vendra la mèche !), il obtient un CDI après son alternance chez Keolis.

Ils travaillent en 3-8, soit des roulements de matin (6h), d’après-midi (14h) ou de nuit (22h). Ces rotations, ce sont comme les goûts et les couleurs…Alors que certains préfèrent tel l’aurore, d’autres le crépuscule. Eric, présent dans la salle glissera, avant de s’éclipser que c’est bien la nuit qu’il préfère « on a Lyon que pour nous ».

Pour être lignard, il n’existe pas d’école. Il y une formation dispensée en plusieurs semaines, mais l’expérience s’acquiert sur le terrain, ou plutôt, au-dessus du terrain, car les opérations ne font généralement entre 7 et 8m de hauteur. Ces précieux savoirs sont dispensés par « les anciens », ceux qui d’un coup d’œil peuvent détecter l’usure d’un câble. Habib quant à lui, à plus de 10 ans d’expérience, prodigue ses conseils aux jeunes recrues, et affirme, tel un sage (n’est pas ancien qui veut) que « l’observation mène à la connaissance ». Ceci couplé à la formule des 3S : savoir, savoir-faire et faire savoir, fait la recette de ce lignard chevronné.

Capés de leurs équipements de sécurité, ils interviennent sur tous les fils de contact, poteaux et points de suspension où circule l’alimentation électrique, nécessaire à la circulation des véhicules. Connaissant par cœur les plans de sections et sous sections électriques, « un impératif », ils opèrent une maintenance préventive la nuit, et curative le jour. Alors que les plus gros chantiers se font hors exploitation, soit de 1h30 à 3h20, la journée « c’est aussi intéressant car c’est de l’intervention, du spontané. L’objectif étant de remettre l’exploitation au plus vite, on fait de notre mieux pour éviter les désagréments aux voyageurs ».

Panneaux de déparchage, poulies, palands, pinces, perches, court-circuteurs, disqueuses, camions nacelles, les lignards ne voyagent jamais léger, et sauf s’ils agissent en tunnel, ils travaillent été comme hiver en extérieur. Acteurs de l’ombre mais témoins de la Ville, ils surplombent les scènes de la vie quotidienne de leur camion nacelle. Faits insolites ? « On voit souvent des tapis sur les lignes. Pendant le confinement, on a vu une biche traverser la rue, sur le secteur Léon Blum ».

« Quand on arrive en intervention, les gens ne savent pas vraiment ce qu’on fait, mais ils sont contents de nous voir ». Le nez en l’air mais les pieds bien sur terre, les lignards sont au cœur du fonctionnement du réseau, et possèdent un savoir-faire précieux. Méconnus mais essentiels.

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